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edito : le baton sans la carotte

vendredi 21 juin 2019, par RZ

Au Soudan, les manifestations initialement dirigées contre la hausse du prix du pain, se sont vite transformées en contestation du régime du président Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trente ans. Le Conseil militaire de transition renverse le président le 11 avril, et s’accroche au pouvoir, alors même qu’il devait le rendre aux civils. Les occupations et manifestations se poursuivent jusqu’au déferlement de violence le 3 juin, à proximité de l’université de Khartoum. Maintenant, les forces armées quadrillent la ville et la contestation entre dans la clandestinité.

Combien de décennies de violences ? Je remonte le fil chronologique soudanais à la recherche d’une période de paix, comme nous la connaissons en Europe. Alors, je pense aux violences policières en France. Pour les habitants des quartiers populaires, ça fait longtemps que le bâton vient sans la carotte : enfumage médiatique, violences policières et injustices sociales.

Dimanche 9 juin, à Lille, un gilet jaune parle de sa rencontre, avec le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires :
J’ai vu un mur sur lequel il y avait une vingtaine de photos de jeunes qui se sont pris des balles par la police et aucun [policier] qui a été condamné ! Quand on discute avec eux, on réalise que les flics se sont entraînés sur eux depuis dix ans, quinze ans ! Tout ce qu’ils nous font subir sur les manifs, ils l’ont fait dans les quartiers depuis dix-quinze ans ! Je pense que si on veut avoir une convergence des luttes avec eux, c’est à nous à faire le pas vers eux.
Retrouvez ici l’intégralité de son intervention et des ressources sur la répression

Justement, la veille, samedi 8 juin, les gilets jaunes défilaient en banlieue parisienne, de Saint Denis à Bobigny.
Si on prend part à cette manifestation, s’il y a de la casse, ils diront toujours que c’est les mecs de banlieue, mais on est de tout cœur avec eux.
A l’époque personne nous suivait, on disait que c’était les banlieues qui foutaient la merde, et que c’est pour ça que les flics nous tapaient dessus(...) Maintenant on aimerait y aller, mais si on y va on va vous mettre vous dans la merde, ça va commencer à dire que s’il y a du bordel c’est parce que la banlieue est arrivée sur Paris. Je suis pour à 100%, je veux pas que ça diminue, au contraire.
A l’arrivée à Bobigny, derrière la foule se tiennent des rangées de CRS, aux visières noires et brillantes comme des lentilles de caméra, un homme prend le mégaphone :
Ils ont essayé de nous diviser, de nous faire croire que les gilets jaune c’est des blancs, et les banlieusards : des noirs et des arabes. Aujourd’hui, je suis entouré de la population française, sans distinction d’origine, de confession, de couleur, de géographie, de sexe.
Voir le reportage sur cette manifestation réalisé par LE MEDIA