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OL26 édito

jeudi 30 mars 2017, par RZ

Dans notre spectacle Dette Système, Georgette, qui s’est endettée pour mettre sa fille aux études, est veuve. Son époux était un syndicaliste du rail, poussé à bout, et suicidé au travail. “Un bon syndicaliste est un syndicaliste mort” ironise le personnage du Financier.
Une semaine avant que nous allions présenter ce spectacle en région parisienne, dans la nuit du 11 mars, Edouard, un syndicaliste SUDRail se suicide à la gare Saint Lazare.

Un bon syndicaliste est un syndicaliste aux ordres.
Pas question de se mêler de politique, quand bien même il s’agirait de la politique stratégique de l’entreprise qui l’emploie. Exemple : la maximisation du profit et l’enterrement de la notion de service public, le démantèlement de la SNCF en de multiples instances, les restructurations, et même la violence du management. Non, contentez-vous de demander de meilleurs gants, une paire de bottines par an, et une place de cirque pour les enfants à Noël. Voilà le bon syndicaliste.

Après diverses mesures discriminatoires reconnues et condamnées par la justice (...) Dernière attaque d’une direction inhumaine : un conseil de discipline qui l’avait condamné à un dernier avertissement avant licenciement, avec 12 jours de mise à pied et à un déplacement disciplinaire pour avoir eu « un regard menaçant » envers un directeur d’établissement. CP SUDRail 11/03/2017

Et le regard menaçant ?… Ah non, quel scandale.
La menace est l’arme réservée du patron, c’est clair ?
Menace de sanction, menace de refus des demandes de congés ou de récup, menace de changement d’horaire, de poste, menace de mutation, menace de licenciement…
Quant au travailleur, s’il a des yeux, c’est pour exécuter son travail. C’est clair ? Or les rails sont au sol. Donc rien ne permet de justifier que le regard ne soit pas baissé.

Pour le seul mois de Mars, la Fédération SUD-Rail dénombre pas moins de 6 suicides d’agents dont on peut établir un lien avec le travail, et c’est sans compter ceux dont le lien ne paraît pas clairement établi. Aujourd’hui, les dirigeants impliqués dans le suicide d’Edouard sont toujours en place, continuent à convoquer les délégués syndicaux en conseil de discipline et ne font l’objet d’aucune enquête administrative… Sûr de leur impunité, ils ont même refusé de constituer une cellule psychologique pour les salariés qui étaient au quotidien en contact avec notre camarade. Mais, plutôt que de prendre les mesures qui stopperait la spirale infernale subie par les agents SNCF, la direction nationale a au contraire déclaré l’omerta en interne et fait pression sur les médias pour tenter de minimiser les faits, allant jusqu’à faire pression sur la chaîne radio France Inter pour retirer une chronique [par Audrey Vernon, visible sur youtube] peu flatteuse pour les patrons de l’entreprise publique. CP SUDRail 16/03/2017

La chronique de Audrey Vernon, censurée du site internet de France Inter, reste visible sur le web : https://www.youtube.com/watch?v=fxVQDRSqZjo