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ÉDITO

Bien creusé petite taupe

vendredi 25 octobre 2019, par IT

Est-il encore nécessaire de réciter la litanie des urgences sociales et écologiques ?
Face à ces périls, les gouvernants semblent ne rien faire.
Mais si, on va nous planter 4 000 km de haies en Wallonie. Ou nous inventer n’importe quel gadget verdoyant, dans la naïve illusion, que si chacun y met du sien c’est possible de presque continuer comme avant, comme toujours.

On nous promet l’effondrement du monde tel qu’il est, certains pour 2025 d’autres pour 2 050.
En réalité cet effondrement est déjà commencé, il se produit sous nos yeux.
Sécheresses, canicules, pluies torrentielles, cyclones, s’enchaînent de plus en plus vite, et sont de plus en plus accentués. Les forêts du monde entier brûlent par millions d’hectares. Certaines ressources commencent à renchérir, à se raréfier. Extinction des espèces, destruction de plus en plus marquée des cadres de vie, pollution généralisée de l’environnement et du corps humain par une multitude de composants chimiques.

Tout cela s’accompagne d’une destruction des relations sociales par la mise en place ou l’accentuation de la concurrence universelle de chacun contre tous. La société n’est plus composée de classes, mais d’individus en compétition les uns contre les autres. Les “meilleurs” gagnent.
Les services publics sont une forme de redistribution injuste. Les gagnants (parce qu’ils sont les meilleurs) sont contraints d’être solidaires et de payer pour des services, que souvent ils n’utilisent même pas. Et cela pour des gens qui ne font pas toujours ce qu’il faut pour s’en sortir.
Tout doit être privatisé, tout à un prix. À chacun selon ses moyens.

À l’autre bout, des galères pas possibles, des centaines de milliers de personnes n’ont plus de logement, beaucoup doivent choisir entre leur santé et leur alimentation.
Des milliers de migrants fuient des guerres (souvent menées chez eux par les riches pays occidentaux), ou les conséquences directes et indirectes du réchauffement climatique.

Comme les galeries insoupçonnables d’une taupe, les contradictions minent notre société. Les Gilets jaunes ont jailli soudainement, comme une taupinière qu’on découvre un matin dans son jardin. Cette petite butte n’est que la manifestation visible, d’un bien plus important réseau de galeries. Elle annonce un ébranlement plus profond, généralisé, provoqué par la sape de ces contradictions, dont aucune n’est résolue.