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un visage de la colonisation

Solidarité internationale avec les riverains des plantations Socfin-Bolloré

mercredi 4 avril 2018

En 2012, Vincent Bolloré, dont le groupe figure parmi les 500 plus grandes compagnies mondiales était propulsé en deuxième place du classement des plus gros investisseurs français dans les terres agricoles. Pour bâtir son empire dans les transports et la communication, le multimilliardaire « breton » a en fait largement investi le terrain africain, en profitant des privatisations issues des plans d’ajustement structurels imposés par le Fonds monétaire international après la crise de la dette des pays du Sud des années 1980[1]. En 2012, Vincent Bolloré tirait ainsi de ses activités en Afrique pas moins de 80 % de ses bénéfices globaux[2]. Entre autres, on compte notamment sa participation à hauteur de 38,7 % au capital de la Socfin dont les filiales en Afrique et en Asie exploitaient en 2014 quelques 179 000 hectares de palmiers à huile et d’hévéas caoutchouc[3]. Un business qui n’est pas sans rappeler la ruée des investisseurs mondiaux vers les terres fertiles des pays vulnérables depuis la crise alimentaire de 2008 provoquée notamment par la spéculation sur les matières premières agricoles suite à la crise financière, à laquelle la Banque mondiale avait répondu par le déploiement d’un arsenal de réformes facilitant l’accès au foncier dans ces pays. En concurrence directe avec l’utilisation des terres par les villageois et paysans locaux, les acquisitions foncières de Socfin et Bolloré ont provoqué de nombreux scandales : au Libéria en 2006 suite au rapport de la mission des Nations Unies dénonçant le non respect des droits humains et les expulsions alentours des plantations, en Sierra Leone en 2012 suite au rapport du Oakland Institute concernant le manque de transparence des procédures d’acquisitions foncières, ou encore au Cameroun en 2010 suite à la plainte déposée par plusieurs organisations devant l’OCDE. Face à ces affaires, le groupe a pris pour habitude de multiplier les poursuites en diffamation[4]. La dernière en date a donné lieu à une dénonciation publique par les organisations et journalistes des « poursuites-bâillons de Bolloré »[5]. Parmi ces organisations qui ont finalement obtenu la relaxe le 29 mars dernier figure le ReAct, engagé depuis 2011 dans l’appui aux associations de riverains qui luttent pour recouvrer leurs terres, leurs ressources en eau, et faire respecter les engagements du groupe en matière de compensations économiques. Malgré des épisodes répressifs en Sierra Leone et le refus du groupe de reconnaître l’alliance internationale des riverains comme interlocuteur principale dans les négociations, ceux-ci ont obtenu plusieurs victoires sur le terrain et restent bien décidés à continuer le combat. A suivre sur www.projet-react.org.

[1] https://www.bastamag.net/Bollore-Credit-agricole-Louis

[2] http://archives.lesechos.fr/archives/2013/Enjeux/00301-029-ENJ.htm

[3] Rapport annuel de l’entreprise à télécharger ici : http://www.bollore.com/DownloadHandler.ashx?url=/media/74743/bollore_dr_fr_mel_30_04.pdf

[4] https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-12-14-Bollore et https://beta.arretsurimages.net/articles/cameroun-bollore-demande-50-millions-a-france-2

[5] http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/24/des-journalistes-et-des-ong-denoncent-des-poursuites-baillons-de-la-part-du-groupe-bollore_5246496_3232.html