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Au Maroc, dans le sillage de la COP22.

OL25 - Demandez la lune

lundi 23 janvier 2017, par RZ

L’aéroport d’Agadir, où défile un intense trafic aérien, ultra polluant, qui convoie chaque saison son flot de touristes, consommateurs de soleil, et éventuellement de dépaysement, et venu profiter du pouvoir d’une monnaie forte. Avec des euros, ici, nous sommes les rois.

Ces déplacements futiles, cette surconsommation, les inégalités criantes ne m’inspirent que du dégoût… Comble de l’ironie : les logos de la cop22 sont omniprésents, affichages géants dans les aéroports, le long des axes routiers empruntés par les étrangers, sur la devanture des bureaux de postes et agences bancaires. Le gouvernement a mis le paquet pour vanter son action en matière environnementale.

Certes les sachets plastiques ont disparu des souks. Certes, les énergies renouvelables connaissent un boom spectaculaire. Pourtant, sans détour, pour nos amis comédiens, la COP22 c’est une blague : beaucoup de blabla (nanana dans la langue locale) et pas d’action. “Il faut continuer à rêver d’un monde meilleur, et savoir que la solution ne viendra pas des COP” nous dit Soufiane.

Il faut savoir aussi que les entreprises privées qui multiplient les
projets éoliens et photovoltaïques ne le font pas par grandeur d’âme, mais bien pour le profit ; ne pas oublier que l’électricité produite sera fournie à ceux qui ont les moyens de se la payer, y compris dans les pays qui se situent au nord de la Méditerranée. Il faut savoir aussi qu’une partie des centrales électriques, existantes et en projet, se situent sur un territoire occupé, en dépit des résolutions de l’ONU 1514 et 1541 sur le droit à l’autodétermination des peuples, et de la décision de la Cour internationale de justice en 1975, qui refusait au Maroc et à la Mauritanie le droit de se partager ce territoire, enfin libéré de la colonisation espagnole.

Au cours de notre première sortie à Ouled Teima, nous découvrons une ville qui a l’air d’avoir grandit trop vite, des maisons sur le même modèle, et à moitié finies, qui s’agglutinent les unes aux autres, laissant en plusieurs endroits d’immenses terrains vagues, avec pour seule végétation les herbes folles qui ont poussé suite aux récentes pluies de l’automne, traversés continuellement par les moutons, les piétons, les cyclistes et les carrioles.
Aux abords de la maison de Bab Mazzouz, devant un vieux pot ébréché dans lequel poussent quelques herbes sauvages, il s’exclame : "voilà, c’est ça la COP22 !"
Ici, comme ailleurs, la volonté affichée de préserver l’environnement, et de protéger l’humanité du réchauffement climatique, ne se traduit pas par des actions concrètes. Paris et Lyon s’habituent à la circulation alternée, dans une tentative désespérée pour limiter la pollution aux particules fines des moteurs diesel. Tandis que le parc automobile marocain est ancestral, et que les enfants toussent.

Retour à la réalité
Un enfant travaille la terre autour de quelques frêles arbustes. Il les soigne, les arrose, amende le sol. Les arbustes grandissent. Leurs riches frondaisons fournissent enfin de l’ombre. La vie investit le lieu. Les enfants s’y retrouvent pour jouer. Mais le soir venu, d’autres viennent en profiter, et y abandonnent mégots et déchets. D’autres encore s’approprient cette richesse et abattent les arbres, emportant le bois, réduit à l’état de matière première exploitable.
Le lendemain, les enfants découvrent le carnage, et pleurent leur richesse disparue. Mais le chagrin laisse place au courage et à la détermination. Patiemment, ils parviendront à faire sortir de nouvelles pousses des souches moribondes.

D’où vient cette histoire ?
Sachant que les apprentis comédiens de l’association Ilyada travaillaient avec un français, d’autres animateurs voulurent faire profiter leurs groupes de l’expérience, découvrir avec eux le Théâtre Image et le Théâtre Forum.
Ainsi, le deuxième jour, nous avons animé une après-midi de jeux exercices avec 40 enfants et adolescents du club de Kung-fu. Le lendemain, une trentaine d’enfants du club de Hockey, âgés de 6 à 15 ans, rejoignent le groupe initial de l’académie de théâtre de la troupe Ilyada. A l’impossible, nul n’est tenu… Nous les avons intégré pour les échauffements et pour les jeux exercices, puis ils ont assisté au travail de création, en spectateurs… Pas aussi passifs qu’on aurait pu le croire. Deux jours plus tard, les revoilà, avec la scène décrite ci dessus, imaginée et mise en scène, jouée magnifiquement, comme jouent les enfants. Bravo à eux !

Sources : Électrifier le pillage, ce que le Maroc et Siemens cachent à la COP22, rapport de WSRW, Western Sahara Ressource Watch